Avant-propos
Pour comprendre – ou même pour expliquer – le succès d’une célébrité, on est trop souvent tenté de recourir à la biographie. On surligne, ici et là, quelques anecdotes croustillantes – celles qui jonchent la petite enfance et l’adolescence sont bien sûr les meilleures –, on les regroupe dans un beau paquet ficelé, on fait passer le tout dans la machine infernale de la psychologie de comptoir et on en tire des conclusions. Et quand on est psychanalyste de formation, l’exploration de pareilles contrées peut éventuellement déboucher sur un livre. En réalité, la biographie n’explique rien. Elle s’adresse avant tout aux fans, aux inconditionnels, et d’une manière générale aux passionnés. Quant aux lecteurs qui n’osent pas se déclarer groupies ou godillots, ils ne peuvent que prétexter la curiosité, le scepticisme. La biographie n’est pas un outil, on ne saurait donc s’en servir pour élaborer une quelconque pensée. A bien y réfléchir, il n’y a que deux facteurs qui peuvent déterminer la réussite : le travail ou la chance, et souvent les deux conjugués. Ce n’est là un secret pour personne. En ce qui concerne les « motivations », bien sage est celui que peut se garder d’ouvrir sa bouche. La biographie, pour celui qui la fait, est la difficile réécriture d’une œuvre plus ou moins obscure : la vie. Car l’homme – et surtout l’artiste – est ce curieux animal qui cherche sans cesse à écrire sa propre mythologie. En fin de compte, si on veut simplifier la chose, la biographie est à la littérature ce que le « remake » est au cinéma… à la seule différence que ce dernier est presque toujours boudé par les puristes. Pour le fan, la biographie est cette source quasi intarissable qui nourrit son imaginaire, un imaginaire qui repose entièrement sur l’admiration, le respect, et parfois même sur un amour éthéré qui dépasse tout entendement. N’avez-vous jamais vu ces hystériques qui poussent des cris d’un autre âge à la simple vue de leur idole ? Depuis Jésus Christ, on a rarement fait mieux. Et c’est à la fois aux novices et à ces fidèles d’un nouveau genre que s’adresse cette succincte biographie de la diva chinoise Faye Wong, celle qui durant près d’une décennie m’a toujours accompagné…
Vitou Vandy
Biographie
Faye Wong est née le 8 août 1969, à Pékin, sous le nom de Xia Lin. Après l’échec du Grand Bond en avant, Mao Zedong avait été contraint d’abandonner la présidence du Parti Communiste Chinois (PCC). Pour lui succéder, on avait élu Liu Shaoqi à la tête du Congrès populaire. Le grand-père de Faye Wong en était membre. En 1966, afin de revenir au pouvoir, Mao lança la Révolution culturelle, un mouvement vivement soutenu par la jeunesse chinoise qui s’en prenait aux cadres moyens alors en poste. Durant cette période de total chaos, la famille Wong s’est retrouvée persécutée de toutes parts. Il est évident que pour lui éviter certains désagréments, il fallait qu’elle portât un autre nom ; et pourquoi pas celui de sa mère (elle ne retrouvera son patronyme qu'à l'âge de 15 ans). Son père étant ingénieur et sa mère soprano, Faye ne voyait pas souvent ses parents. La seule personne à qui elle avait affaire, et pour qui porta une grande affection, était sa marraine (qui était aussi la voisine de pallier). Après les années lycée, des années surtout marquées par une amourette avec un camarade de classe, devait-t-elle raconter plus tard, elle fut admise à l’université de Fu-King. Mais à la veille du jour de l’inscription, son père, parti à Hong-Kong, l’appela à le rejoindre. A 18 ans, Faye se retrouva sur l’île au « port parfumé », sans aucune connaissance du cantonnais. La vie étant courte mais les journées longues, elle décida d’intégrer une école de mannequinat pour s’occuper. Mais elle n’y trouva aucune réelle source d’épanouissement. La lassitude la gagnait au fil des jours. Son père eut alors la brillante idée de l’inscrire à des cours de chant donnés par Di An Tsong. Elle se fit très vite remarquer, devint la coqueluche de son professeur et participa même à quelques concours et spectacles de chant. Partout où elle devait se produire, elle avait toujours le beau rôle. Quand Di An Tsong la présenta à Chan Tsiau Bao (grand producteur hongkongais), celui-ci ne pouvait que l’encourager à trouver une maison de disque. A l’âge de 19 ans, elle signa un contrat chez Cinepoly et prit le nom de scène de Shirley Wong (Wong Chingman, Wang Jingwen). En 1989, elle sortit son premier disque, un disque éponyme au dessus duquel planait indubitablement l’ombre des grands standards américains et japonais. L’année suivante, deux albums paraissent coup sur coup : Everything et You’re the only one. Mais elle n’était pas satisfaite de la tournure que prenait sa carrière. Se sentant quelque peu frustrée, elle voulut changer d’air, se tourner vers d’autres horizons. En 1991, Faye se rendit aux États-unis à la fois pour perfectionner sa technique de chant et pour découvrir une autre culture, tellement différente de la sienne celle-là. Elle resta quelque temps chez sa tante, avant de partir s’installer à New York, dans son propre appartement.
 Faye (à droite) dans The File of Justice II Elle retourna à Hong-Kong en 1992 et sortit dans les bacs Coming Home. L’album fut extrêmement bien reçu, en particulier grâce à des titres comme Fragile Woman (qui lui fit aussi décrocher quelques récompenses), la reprise cantonaise d’un classique de la diva japonaise Miyuki Nakajima, Put The Key In The Mailbox, ou encore Kisses In The Wind. Sa notoriété ne pouvait que monter en crescendo. Comme toutes les stars émergeantes qui se respectent, elle ne tarda pas à être approchée par la chaîne de télévision cantonaise TVB et se retrouva embarquée dans des projets de séries comme The File of justice II. En 1993, Faye enregistra deux albums assez différents l’un de l’autre : No Regrets (contenant beaucoup de douces balades) et Hundred Thousand Whys (avec des morceaux plus rythmés, plus occidentaux, notamment Cold War, composé par Tori Amos). Elle trouva également le temps de tourner pour la TVB dans la série The Legendary Ranger (avec des stars confirmées telles Leon Lai, Michelle Reis et Athena Chu).
Mais le clou du spectacle restait à venir ; en 1994, elle sortit 4 albums : Mystery (avec des reprises en mandarin : Summer Of Love, Cold War, No Regrets), Random Thinking (contenant deux reprises des Cocteau Twins, un groupe post-punk écossais qu’elle affectionne tout particulièrement, mais surtout une étonnante reprise du groupe irlandais The Cranberries, Dreams. Cette reprise, rebaptisée Dream Person, devint la chanson phare de Chungking Express, une œuvre magistrale signée Wong Kar-Wai. Ce film lui donna l’opportunité de montrer à son public qu’elle avait elle aussi sa place d’actrice parmi les plus grands comme Brigitte Lin, Tony Leung ou Takeshi Kaneshiro. Par ailleurs, grâce à ce rôle, elle put décrocher le prix de la meilleure actrice au festival du film de Stockholm en 1994), Sky (énorme succès grâce entre autres à des titres comme Chesspiece, lequel lui permit de rafler au passage quelques prix) et Ingratitate Oneself (avec pour curiosité une chanson rap intitulée Exit).
 Faye sous la houlette de Wong Kar-Wai dans Chungking Express Dès la première enfance, Faye avait pour la chanteuse Teresa Teng une admiration sans précédent. A l’école déjà, elle aimait chanter ses standards, les faisait enregistrer et les vendait, même à très bas prix. En 1995, l’idée de reprendre les plus belles chansons d’amour de son idole de toujours lui vint alors à l’esprit. Mais au moment où elle fut sur le point d’achever le disque, elle apprit la subite disparition de Teresa Teng (la cause serait une crise d'asthme survenue lors d’un voyage). Cette nouvelle la consterna. Lorsque l’album fut prêt, elle l’intitula The Decadent Sound of Faye. Bien sûr, ce titre n’a rien d’anodin. Rappelons que durant la Révolution culturelle, les paroles des chansons portaient toujours au pinacle la lute prolétarienne. Il était toujours question d’un patriotisme, disons-le, assez navrant, et même les métaphores des chansons les plus mièvres étaient teintées de rouge. Sans doute arrivait-il qu’on se demandât s’il fallait ou non brandir Le Petit Livre rouge au moment de chanter l’amour. Évidemment, doit-on s’en étonner, le PCC avait qualifié les chansons de Teresa Teng de « decadent sound » ( Mi Mi Zhi Yin). En chinois, The Decadent Sound of Faye se dit Fei Mi Mi Zhi Yin ; et Fei est non seulement le prénom chinois de Faye Wong mais il marque aussi une négation [explication recueillie sur Wikipedia]. Le titre de l’album devient de ce fait l’antithèse de l’étiquette que le PCC avait collée à Teresa Teng. En décembre 1995, Faye sortit l’album Di-Dar. Une étrangeté, pour ainsi dire. Les morceaux imprégnés de sonorités indiennes, moyen-orientales, les poses et les mimiques nonchalantes qu’elle affichait étonnèrent le public. Elle avait également opté pour une nouvelle technique de chant. Tout portait à croire qu’il s’agissait là d’un album expérimental, d’une espèce d’ovni posé en plein milieu de la scène cantopop. Elle était à cent lieues de l’époque où sa carrière semblait être extrêmement dirigée par des hommes de l’ombre, où même sa direction artistique lui était imposée. Il y avait comme un parfum de liberté. Et ce fut à nouveau un grand succès.
Sentant que le public en redemandait, elle sortit l’année suivante Restless (ce sera son dernier album chez Cinepoly), en édition limitée, contenant deux chansons écrites par les Cocteau Twins ( Fracture et Repressing Happiness). Si le précédant apparaissait comme un ovni, celui-là n’avait même plus de mots pour le qualifier. Seule l’écoute du disque saurait vous faire vivre cette expérience. Le risque était grand. Les fans qui avaient beaucoup aimé ses trois albums en mandarin étaient stupéfaits et certains allèrent jusqu’à la désavouer. Toutefois, les fans les plus acharnés lui témoignèrent d’une fidélité à toute épreuve. La même année, elle épousa Dou Wei, leader du groupe de rock Black Panther, également compositeur de quelques une de ses chansons, et avec qui elle partageait sa vie depuis trois ans. L’année 1997 était marquée par deux grands événements : le premier concernait Dou Jingtong, une petite fille à qui elle donna naissance un 3 janvier ; quand au second, il s’agissait d’un contrat de 5 ans signé chez EMI. Aussi décida-t-elle de créer, avec son producteur Alvin Leong, son propre label nommé A production House. En automne, elle sortit l’album Faye Wong (1997) dans lequel figurait Amusement Park, une composition originale – une de plus – de Simon Raymonde et Robin Guthrie des Cocteau Twins.
En octobre 1998, Faye sortit dans les bacs Scenic Tour. L’album contenait 4 chansons qu’elle avait elle-même composées : Emotional Life, Face, A Little Clever et Tong. Give Up Halfway et Red Bean connurent un grand succès. Aujourd’hui encore, beaucoup pensent que cet album est l’un des meilleurs qu’elle ait fait.
 Rinoa l'héroïne de Final Fantasy VIII 1999 fut l’année de la consécration, de la reconnaissance internationale. La chanson Eyes On Me (paroles en anglais) qu’elle avait enregistrée pour le générique de fin du jeu vidéo Final Fantasy VIII ( Final Fantasy est une très grande saga de RPG menée tambour battant par Squaresoft, à l’époque en directe concurrence avec la série des Dragon Quest d’Enix. Aujourd’hui, les deux firmes ont fusionné.) Cette chanson la fit connaître dans le monde entier, surtout en Europe. La plupart des Faynatiques francophones que nous sommes l’ont découverte avec ce titre et, depuis, ont beaucoup contribué rendre justice à sa notoriété sur le vieux continent. Bien sûr, au Japon, le succès fut total. Au mois de mars, soit un mois après la sortie de Final Fantasy VIII au Japon, Faye donna deux concerts au Nippon Budokan, au centre de Tokyo. Elle devint ainsi la première artiste chinoise à avoir pu se produire dans ce lieu mythique qui a vu défiler entre autres les Beatlles, Bob Dilan, KISS, Pearl Jam, les Smashing Pumpkins... Mais si le succès professionnel fut au rendez-vous cette année-là, on ne peut pas dire qu’il en allait de même de sa vie privée. Pendant que Faye s’affairait au Japon, les paparazzi de Hong-Kong surprirent Dou Wei dans un restaurant de Pékin en très charmante compagnie. Aux indiscrètes questions des tabloïdes, Dou Wei répondit, avec un naturel assez déconcertant, que cette jeune femme n’était autre que « Gao Yuan, celle qu’il aime ». Cette déclaration scandalisa toutes les sphères. D’autant plus que la fameuse Gao Yuan finira quelque temps plus tard par avouer que sa relation avec Dou Wei n’avait jamais réellement cessé même après son mariage avec Faye.
Après son divorce d’avec Dou Wei, Faye entama, à partir du mois d’août, le tournage de 2046 sous la houlette de Wong Kar-Wai et sortit vers la fin septembre Only Love Strangers, un album résolument rock.
 2046 de Wong Kar-Wai En 2000, Faye enregistra Fable, un autre album « expérimental » mêlant savamment bouddhisme et contes de fées (notamment Cendrillon). L’album connut un succès sans précédent (près de 10 millions d’exemplaires vendus). Vers le mois de juin, les tabloïdes hongkongais commencèrent à rendre publique sa nouvelle relation avec Nicolas Tse, un artiste pop en vogue qui surfait sur la vague des stars bad boys. Jusqu’à la fin de leur relation, la presse n’aura cessé de voir en Nicolas Tse un jeune opportuniste (Faye était son aînée de 11 ans) qui en aucun cas ne pouvait la mériter. Dans la même année, Faye tourna pour Gordon Chan (qu’on connaît surtout en France pour avoir réalisé Fist of Legend avec Jet Li, Le Médaillon et Thunderbolt avec Jackie Chan, 2000 A.D. avec Aaron Kwok), dans un film intitulé Okinawa rendez-vous. En 2001, sortit un nouvel album éponyme : Faye Wong (2001). Une fois de plus, le disque déconcerta. Les puristes trouvèrent que ces nouvelles sonorités étaient bien trop éloignées de son registre musical. Faye elle-même n’était pas totalement satisfaite de certains morceaux, notamment ceux produits par Wu Bai, le vétéran du rock taïwanais. Néanmoins, l’album finit par connaître un succès honorable. Faye, cette année-là, joua également dans la série japonaise Usokoi.
En 2002, Faye se retrouve à l’affiche de Chinese Odyssey 2002, un film dont le genre n’a pas d’équivalent dans nos contrées occidentales. Pour simplifier les choses, disons qu’il s’agit de comédies musicales (assez indéfendables par ailleurs) spécialement étudiées pour égayer la fête du Nouvel An. Vers le mois de mars, la presse à scandales rapplique en confirmant la relation secrète que Nicolas Tse entretient avec Cecilia Cheung, la jeune chanteuse et actrice révélée au grand publique par Stephen Chow (The King of Comedy, Shaolin Soccer, Kung-Fu Hustle).
En novembre 2003, Faye sort To Love, son premier album chez Sony Music. En 2004, 2046 débarque sur la croisette la plus glamour de France, entre en compétition au Festival de Cannes mais repart bredouille. Quelques mois plus tard sort dans les salles obscures Leaving me, Loving You, un film signé Wilson Yip et dans lequel elle donne la réplique à Leon Lai. En 2005, Faye épouse Li Yapeng (un acteur de la Chine continentale que les fans de Jin Yong connaissent très bien puisqu’il avait admirablement incarné Ling Hu Chong et Guo Jin pour le petit écran).
 Faye Wong et Li Yapeng
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